George Sand et le roman

George Sand

Parmi les nombreux géants de la littérature du 19éme siècle, George Sand fait figure d’exception.

« Ce grand homme » disait Flaubert.

« La femme la plus féminine que j’aie connue » rétorquai Musset.

Née le 1er juillet 1804, Amantine-Aurore-Lucile Dupin plus tard George Sand, fille de Maurice Dupin, descendant d’Auguste 2, roi de Pologne et de Marie-Victoire Delaborde, fille d’un oiseleur, fut particulièrement tributaire de ses origines, dans sa tête comme dans son œuvre.

Aurore a 4 ans lorsqu’elle vient, en 1808 pour la première fois, chez sa grand mère, à Nohant, dans des circonstances tragiques puisque sa famille a dû fuir l’Espagne, à la suite de Murat dont Maurice Dupin était l’aide de camp. En septembre de la même année, à quelques jours d’intervalle, son petit frère meurt et son père, Maurice Dupin, se tue dans un accident de cheval à l’entrée de la petite ville de La Châtre.

Aurore devint alors « une pomme de discorde » entre sa mère et sa grand-mère partagée entre Paris et Nohant

Sur les 72 ans de son existence, George Sand a vécu 41 ans en Berry. Son oeuvre est d’ailleurs empreinte de ce paysage de bocages, source de création : Une douzaine de romans de « Valentine» à « Manon » ont pour cadre le Berry.

 

Mariée hâtivement avec le premier venu, Casimir, fils illégitime mais reconnu du baron Dudevant, Aurore s’ennuya très vite. La naissance de son fils Maurice en 1823 allait éveiller en elle une passion qui ne devait jamais s ‘éteindre et revêtir des formes multiples : celle de la maternité. Beaucoup plus que la grande amoureuse romantique que l’on a voulu voir en George Sand, ses amours auront toujours un caractère maternel ambigu Musset, Chopin furent des hommes plus jeunes qu’elle, des malades qu’il fallait soigner.

En 1828 une fille naquit : Solange, peut être la fille de Stéphane Ajasson de Grandsagne ?

Les heurts et l’exaspération des rapports conjugaux, la décident à quitter Nohant pour Paris où elle s’installe avec son amant Jules Sandeau. Ensemble ils écrivent un roman « Rose et Blanche » signé G. Sand.Dès 1832 elle écrit, seule, son premier roman « Indiana » qu’elle signe alors George Sand. Celui-ci remporte un vif succès. Un grand écrivain était né.

            Avec 70 romans, 22 pièces de théâtre, des vingtaines d’essais sur l’art, la littérature, la politique, son œuvre totalise 150 volumes dont 25 renferment sa correspondance (40 à 50 000 lettres.) Rappelons ses romans champêtres les plus populaires »François le Champi », « La petite Fadette », « La mare au diable », « Les maîtres sonneurs ».

            Elle a incarné toutes les passions, exprimé toutes les idées, du romantisme désespéré de « Lélia » au socialisme de 1848, au panthéisme apaisé des dernières années de sa vie

            En même temps mère, amante, amie, fervente socialiste, amoureuse de la nature, passionnée d’égalité et de justice sociale mais aussi de musique, de jardinage, d’entomologie, d’archéologie, s’amusant au jeu des marionnettes, fabriquant des confitures ou montant à cheval, elle incarne toutes les contradictions, surmonte tous les déchirements, fidèle à elle même, en quête éperdue du bonheur, cherchant trop l’absolu pour le découvrir, elle a ouvert la voie au monde moderne.

 

Le Roman "Les Maîtres Sonneurs"

 

 

Dans les trois premiers mois de 1853, Georges Sand compose et rédige dans la paix de sa maison à Nohant-Vic.« les Maîtres Sonneurs ». Depuis son enfance elle connait les paysages variés du Bas -Berry et le comportement près de la terre de ses habitants .

 

Joseph - le héros du roman- est un enfant simplet et faible aux yeux des villageois de Nohant ; son caractère contraste étrangement avec celui de la belle Brulette et du turbulent Tiennet, ses amis. Solitaire (il emprunterait certains traits de caractère à Chopin ?) il se découvre une vive passion pour la musique et ne peut se satisfaire du seul mode majeur de la plaine. Pour devenir un musicien complet, il lui faudra découvrir le mode mineur dont les sonneurs de musette usent naturellement dans les  lieux sauvages et isolés du Haut-Bourbonnais. Sur les conseils de son ami Huriel, sonneur et muletier « du pays dont-il a pris le nom », il entreprend un voyage de douze lieues pour perfectionner son art près de Bastien, le Grand’Bûcheux, Maître Sonneur renommé. Quelques mois  plus tard, Joseph, malade, réclame ses amis berrichons. Huriel les accompagnera, à dos de mules, du « fromental » de Nohant aux grands bois du Bourbonnais, non sans « écorné », au retour, le pays marchois.

 

Conté en 32 veillées de broyage du chanvre par Etienne Depardieu (le Tiennet du roman ...mais aussi l’aieul de l’acteur Gérard Depardieu !)« Les Maîtres Sonneurs » retrace cette épopée rustique à la fin du XVIIIè siècle. Ainsi, Berrichons et Bourbonnais vont se rencontrer, se connaitre et s’aimer. Seul Joseph, pourtant muni du titre tant recherché de Maîtres Sonneurs, succombera aux exigences de son orgueil et « d’une rude maîtresse », la Musique.

 

Le romantisme de « la bonne dame » de Nohant reste fidèle à la mémoire du peuple. Elle invente bien peu et s’appuie sur les réalités quotidiennes de la vie paysanne ou des traditions musicales largement vérifiables.